
Fabienne Bichet parle de son métier.
Comme toute histoire, la mienne est faite de rencontres et de hasards. Ma vocation première c’était de devenir infirmière. Ce que j’ai été pendant un an. J’avais toujours voulu faire ça et j’ai adoré exercer ce métier même si c’était parfois très dur. Je travaillais dans un service de soins palliatifs. J’aime la nature humaine, alors là j’étais servie, j’étais bien, les malades me renvoyaient une image positive. Puis finalement, j’ai dû quitter mon travail et je me suis retrouvée à manager des jeunes femmes, des hôtesses pour des salons et des colloques à Paris. Un jour, j’ai assisté à un tournage d’un film en costumes et ce fut le déclic, je me suis dit qu’il y avait des vies plus légères que d’autres, que tous ces beaux costumes, je pouvais en faire profiter mes hôtesses… J’ai décidé alors de me lancer dans la figuration. Ça fait 25 ans que je travaille comme directrice de casting dont 10 années consacrées au « casting figu ». A cette époque, je travaillais beaucoup pour les Américains, pour lesquels j’étais chargée des gros castings de figuration, je devais gérer ainsi 500 figurants sur un plateau…. Et puis j’ai commencé à aller au théâtre, au cinéma, à voir travailler un acteur. Ça me fascine parce que je serais incapable de faire ce qu’ils font, de se mettre en danger à ce point. Alors j’ai préféré les caster et les faire travailler.
J’attends d’un comédien qu’il soit avant tout lui-même, naturel, qu’il se soit débarrassé de toute référence. C’est sa différence qui va m’intéresser, son authenticité, sa sincérité. Qu’il soit simple.
Et surtout pas dans le faux-semblant. Ça, ça ne marche pas. Je ne veux pas qu’il me joue le détachement, le je m’en foutiste. Je n’ai pas besoin qu’on me joue un rôle, surtout pas. Les essais sont souvent assez longs, je ne reçois pas un comédien en 15 secondes, même si je sais dès le départ qu’il ne fera pas l’affaire pour le rôle. Je vais tenter de connaître tous ses possibles. Il s’est déplacé, il a travaillé un texte, la moindre des politesses, c’est de l’écouter. Et de toute façon, je garde mes bandes de travail de tous les castings de l’année, donc s’il m’a plu, je peux le recontacter pour un autre rôle pour un autre casting…
Je travaille toute seule, je n’ai pas d’assistant, alors pour donner la réplique au comédien casté, comme je n’ai aucune vocation à être actrice, je fais appel à un comédien ou une comédienne que je connais ou dont un agent m’a parlé. J’en prends un pour la session du matin, un pour celle de l’après-midi. Comme ça, j’ai plus de distance, une plus grande concentration sur la personne et je peux la diriger à mon aise. Quand l’acteur a trouvé la bonne intention, je vais essayer de chercher de nouvelles orientations pour savoir s’il est souple, s’il écoute, s’il reste campé sur ses positions. Je fais peu d’impros, je préfère me contenter du texte si celui-ci est suffisamment intéressant, construit. Et j’ai la chance de pouvoir travailler sur des projets qui m’intéressent, et donc de choisir des textes qui me plaisent. S’il m’arrive de devoir travailler avec un texte dialogué dans lequel il n’y a pas grand chose à défendre, là, je peux laisser place à l’improvisation.
Mon rôle n’est pas d’imposer un comédien au metteur en scène mais je n’hésite pas à donner mon avis, à faire part de mon sentiment : par exemple, pour le docu-fiction de France 2, Versailles, le rêve d’un roi, j’avais pour mission de trouver un acteur capable d’interpréter Louis XIV de 18 à 50 ans. J’avais retenu tout particulièrement Samuel Theis, il m’avait beaucoup plus et en plus de jouer très bien, ayant reçu une formation de danseur, il “bougeait” très bien et avait un maintien que les autres n’avaient pas… Mais le réalisateur hésitait à se positionner, il désirait en voir d’autres. Je caste alors un autre comédien que j’avais sélectionné à l’origine pour le rôle de Mansart et c’est vrai qu’il était plus proche de la réalité physique de Louis XIV et qu’il était aussi très bon dans ce rôle mais je trouve que ça aurait été dommage de ne pas lui donner celui de Mansart dans lequel il excellait. Au final, j’ai “gagné”, France 2 a préféré Samuel…
Une formation est toujours nécessaire pour faire du théâtre, pas pour faire du ciné, en tout cas quand il s’agit d’un premier film. Il arrive que l’on recherche une personne en phase avec son rôle, c’est alors une personnalité que l’on veut avant tout, pas forcément un comédien. Il suffit de jouer ce qu’on est, et l’on peut être aussi vrai qu’un acteur. Mais ça marche pour un rôle, pas deux…. Une phase d’apprentissage est donc toujours intéressante, histoire d’acquérir une base, une technique, mais je crois surtout beaucoup aux formations complémentaires. Se frotter à autre chose, à une autre pédagogie, à une autre façon d’aborder le jeu, c’est enrichissant. Il faut faire des stages, intégrer des ateliers, butiner un peu partout, ça enrichit considérablement la palette de jeu d’un comédien.
Il est important de soutenir notre jeune génération d’acteurs, réalisateurs, scénaristes… C’est très stimulant. J’interviens à la MFC, au Studio-Pygmalion, c’est une relation avec le comédien, différente de celle du casting, une autre forme d’accompagnement. J’essaie de leur faire part de stratégies comme de s’inscrire sur les plateformes électroniques, d’intégrer la banque de données de la Maison du Film Court, de l’Agence du court-métrage. Je pense qu’il est également important d’être référencé dans des agences de pub, on peut parfois faire appel à celles-ci, on y trouve souvent des comédiens originaux, personnels, charismatiques, de vraies “gueules”. Et puis il y a des opérations comme celle des Talents Cannes de l’Adami qui sont un véritable tremplin pour les artistes.
Pour les comédiens qui n’ont pas d’agent, il est indispensable de s’inscrire sur les plateformes électroniques telles que l’Annuaire Comoedia, le Bellefaye ou Almacis. Moi, je reçois 200 courriers par jour. C’est très simple: on est 30 directeurs de casting pour 12000 comédiens, c’est ingérable… Quand je prépare un casting, je couche sur le papier les acteurs que je connais en premier lieu, puis je consulte mon fichier Canal +, puis je vais sur agencesartistiques.com et ensuite sur les plateformes électroniques donc croyez-moi le courrier n’est pas forcément la solution pour se faire connaître auprès de nous puisque j’ai déjà fait beaucoup de choix avant de me rabattre sur les lettres que je reçois. Mais si vous tenez à adresser un courrier, envoyez seulement un CV en y intégrant une photo de bonne qualité. Pas la peine de sacrifier une vraie photo, ça coûte cher pour l’envoyer au hasard. Préférez plutôt créer votre book sur internet et indiquez l’adresse sur votre CV. Quant à la bande-démo, réservez-la pour les agents… Qu’un directeur de casting la visionne ne vous sert en fait pas tant que ça, parce qu’on vous voit à travers un rôle, et ce n’est pas forcément celui dans lequel on pourrait penser vous caster. Et on passe bêtement à côté de vous…. Mais le mieux à faire reste d’être toujours en activité. Un comédien ne doit pas vivre dans le désir des autres, il ne peut pas rester dans l’attente de ce désir. Un comédien, ça doit continuellement faire du training, toujours bosser, monter des compagnies, des spectacles, faire son métier, en somme…