Stéphane Foenkinos, directeur de casting et membre de l’ARDA

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Stéphane Foenkinos, directeur de casting et membre de l’ARDA revient sur sa profession.

Directeur de casting, une véritable vocation ?

J’ai envie de dire oui, même si c’est devenu mon métier « un peu » par hasard….
Très tôt, j’ai été attiré par le monde du spectacle, et notamment par le métier de comédien. Dès l’âge de 16 ans, j’ai intégré le Cours Florent puis l’Ecole du Passage qui venait à l’époque d’ouvrir ses portes. Durant ma première année de fac, j’animais une émission de cinéma sur Ado FM, ce fut l’occasion pour moi d’interviewer de nombreux acteurs, metteurs en scène et de me constituer ainsi un véritable carnet d’adresses. J’ai alors 18-20 ans, et rien ne m’arrête ; baroudeur, j’y vais au culot, rencontre Jacques Demy, Agnès Varda,  Polanski…J’étais vraiment dans l’inconscience de la post-adolescence! J’obtiens des petits rôles dans des films de Didier Kaminka, dans le Valmont de Miloz Forman. Mais le tournant, c’est en 1987, quand j’ai accompagné Gérard Blain à Cannes pour son film Pierre et Djemila, sélectionné au festival. Ce fut vraiment pour moi l’entrée dans la profession. Je suis parti ensuite aux Etats-Unis enseigner le français dans une fac d’art. Rentré en France deux ans plus tard, c’est la grande désillusion. Personne ne m’attend. Alors j’ai repris mes études, passé les concours pour être enseignant et j’ai atterri à Sarcelles. Là, j’ai adoré mon travail, je me sentais utile, à ma place mais au bout de trois ans, j’en ai eu marre, j’ai voulu retourner à mes premières amours et là, le retour à la réalité fut à nouveau très dur. Mais j’ai persisté. J’ai demandé à mon amie Juliette Favreul, qui travaillait aux Films Alain Sarde, de me trouver un stage, une petite place, n’importe quoi, même celle du préposé aux cafés,  j’étais prêt par n’importe quel moyen à réintégrer le milieu. J’ai alors obtenu un rendez-vous avec Christine Gozlan qui m’a donné ma chance et m’a fait rencontrer Jacques Doillon. Et miraculeusement il m’a pris sous son aile. Je lui dois tout. Il s’apprêtait à tourner Trop (peu) d’amour, il voulait que je l’assiste et que je me charge du casting et c’est comme ça que tout a (re)commencé…. !

Et les réalisateurs vous ont fait confiance….

Jacques Doillon m’a toujours poussé à foncer, à persévérer. J’ai rencontré les agents un par un, je voulais avoir de la crédibilité auprès des gens du métier, il n’était pas question de passer pour un guignol…  J’ai pris très à cœur ma nouvelle activité : être un relais entre les acteurs et le metteur en scène, provoquer le déclic chez ce dernier. Avant la sélection, je lis très attentivement le scénario, je parle beaucoup avec le réalisateur, je veux comprendre ce qu’il a dans la tête, je teste ses goûts, je cerne ce dont il a envie. Un réalisateur veut voir un résultat tout de suite. Souvent il est l’auteur de son scénario, il a donc imaginé ses personnages, il les a parfaitement en tête, et nous on l’accouche. Notre métier est une maieutique !

Dans quelles conditions exercez-vous ?

Je rejoins une nouvelle équipe à chaque nouveau film. A la différence de certains directeurs de casting, je n’ai pas de bureau fixe, à moi. Je suis un nomade, c’est la maison de production qui est chargée de me trouver un lieu, de me fournir le matériel. J’adore cette ambiance « rentrée des classes », on me donne de nouvelles fournitures, j’ai de nouveaux petits camarades, on s’acclimate à d’autres personnes. En fait, je crois que je voulais à tout prix quitter mon statut de fonctionnaire ! J’ai choisi d’épouser, moi aussi, toutes les facettes de la précarité… 

Comment abordez-vous le travail avec les comédiens ?

Je n’hésite pas à faire durer les essais, à laisser le temps au comédien de « venir ». J’essaie d’être une « bonne » réplique, de moi aussi entrer dans le jeu, d’être un vrai partenaire, et non un « examinateur ».  Le premier rôle du directeur de casting est de mettre le comédien en confiance, de lui faire baisser sa garde. J’aime ainsi laisser part à l’impro, j’aime ce qui s’échappe. Ne plus être dans le contrôle est le meilleur moyen pour un acteur de se révéler. Il s’agit de rendre la séance de casting la plus pro possible, de mettre le plus de réalisme possible dans la situation, par exemple, je n’utilise pas de pied caméra, je filme à la main pour plus de naturel, plus d’aisance. Mais, on manque de plus en plus de temps. Aujourd’hui, l’économie du cinéma est telle que les délais sont devenus très courts : on est passé de 8 à 4 semaines en 10 ans pour un long-métrage ! Et 3 semaines si on travaille avec un assistant parce qu’il faut le rémunérer en plus ! Or c’est important, un œil extérieur. Ca améliore grandement la qualité du casting, ne serait-ce que dans l’organisation : un qui tient la caméra pendant que l’autre donne la réplique… On va dix fois plus vite à deux.

 Justement, n’y a-t-il pas dans cette épreuve du casting une part de négation du travail de l’acteur ? N’entre-t-elle pas en complète contradiction  avec le métier de comédien ?

Il y a en effet quelque chose d’un peu contre-nature là-dedans. On est loin des semaines de répétition, de tout ce temps durant lequel le comédien apprivoise son personnage, digère son texte. Un casting ne permet pas cela, il faut être efficace tout de suite. Mais croyez-moi, on sait déceler parfaitement, en quelques minutes une personnalité d’acteur, cela relève du charisme, ça ne se travaille pas. C’est peut-être cruel, mais on sait à qui on a affaire dès les premières secondes. Il faut bien être conscient d’une chose : le cinéma et le théâtre sont deux métiers bien différents. Au cinéma, c’est l’image qui s’apprend, au théâtre, c’est le théâtre qui s’apprend… Au cinéma, on engage la personne autant que l’acteur, qui tu es, qui tu peux être, il y a des emplois et il est très difficile d’en sortir.

10 ans de métier, 55 films à votre actif, que désirez-vous de plus ?

Aujourd’hui j’ai réduit mon activité pour me consacrer davantage à l’écriture. Depuis un an, je co-scénarise la série Venus et Apollon. J’ai également réalisé avec mon frère David un court-métrage, Une histoire de pieds, et j’espère justement que l’histoire va continuer… Mais je n’abandonne pas pour autant ma profession, au contraire, je me bats aujourd’hui pour ses droits. J’ai créé il y a 6 ans avec Christel Baras, l’Arda, l’association des responsables de distribution artistique, dont le but est d’accorder enfin un véritable statut au métier. Pour le moment, un directeur de casting est déclaré comme 1er assistant réa., donc n’importe qui peut s’improviser directeur de casting et l’émergence du web n’a pas arrangé les choses… Il faut que les conventions collectives reconnaissent enfin notre profession.

Un petit mot à l’attention des comédiens…

Si vous voulez vous faire connaître des directeur de casting, ciblez vos envois, sachez à qui vous vous adressez, renseignez-vous sur la carrière de chacun. Joignez à votre CV une lettre manuscrite, une seule photo très représentative et si vous pouvez, une démo pro. Oubliez le théâtre filmé, encore une fois, ce n’est pas le même métier, ce n’est pas le même rapport. Mais par contre n’hésitez pas à envoyer des invitations si vous avez une actualité théâtrale. En tout cas sachez que l’on est toujours en recherche de nouvelles têtes. Je préfère d’ailleurs caster les seconds rôles où là je peux imposer un nouveau talent. C’est le mélange entre acteurs confirmés et novices qui est intéressant. Et quand on voit des « célébrités » politiques ou encore des animateurs-vedettes « faire du théâtre », il devient vital pour la profession d’entretenir plus que jamais le vivier pour éviter ce genre de dérive. C’est pourquoi il est essentiel pour un comédien de cultiver son travail, de prendre des initiatives, d’être toujours en activité. Je mets beaucoup d’espoir sur des générations spontanées…

Propos recueillis par Laetitia de Rosa