Un sac de nœuds pour les films indépendants

Un climat d’aversion pour le risque fait rage dans le domaine des acquisitions.

Au festival de Cannes, les acheteurs se sont rués pour voir les derniers films de 3 auteurs américains : le « Che » de Steven Soderbergh, « Two lovers » de James Gray et « Synecdoche, New York » de Charlie Kaufman. Mais la fête s’est terminée sans qu’aucun de ces films ne décroche une vente aux U.S.

 

Il a fallu 2 mois pour « Synecdoche » ($20M+) pour parvenir à un accord de distribution avec Sony Pictures Classics. 2929 Prods a abandonné sa recherche pour trouver un acheteur étranger pour son « Lovers » ($12M), et décidé de le sortir via une société sœur : Magnolia Pictures. De son côté, le « Che » ($65M) cherche toujours.

 

La résistance rencontrée par ces 3 films montre une industrie du  film indépendant où s’entrechoquent le maintient des divisions spécialisées, les sinistres économiques et le défi de conserver la sortie en salles. Un climat d’aversion pour le risque que l’on n’avait pas connu depuis la mort du film d’auteur dans les années 70 s’est installé.

 

« Je vous garantis que « Synecdoche » et « Lovers » auraient été achetés très rapidement il y a 2 ans » précise Chris McGurk le Président d’Overture Film, « mais maintenant, il y a beaucoup moins d’acheteurs, et encore moins d’acheteurs solides, tous attendent.».

 

La biographie romancée de Che Gievara  en langue espagnole de Soderbergh a rencontré de la résistance malgré sa star Benicio Del Toro, primé meilleur acteur à Cannes.

 

La société Weinstein Co. a été en négociation exclusive avant Cannes pour les droits sur le territoire nord-américain avec Wild Bunch à partir d’une projection à Berlin. Mais aucune transaction n’a été signée avant la première à Cannes et les 2 parties ont décidé de poursuivre les discussions sans parvenir à un accord jusqu’à présent.

 

Vincent Maraval, dirigeant de Wild Bunch souhaitait lever $10M pour rembourser les investisseurs immédiatement, mais il précise qu’il n’aurait besoin aujourd’hui que d’un accord sur la base initiale de $4M avec des règlements à long terme. 4 offres indépendantes sont sur la table, mais pas celle de Weinstein Co.

 

Soderbergh veut lancer les 2 parties, de plus de 4 heures chacune, lors d’une projection limité en décembre. Il souhaiterait ensuite lancer la première partie en janvier et la seconde en février. Soderbergh a effectué des coupures de 5 à 7 minutes sur chacune des 2 parties, mais un distributeur potentiel a suggéré d’effectuer immédiatement une coupe de 3 heures.

 

Maraval  a précisé qu’un accord pour les frais d’édition n’est pas une solution. « Nous avons besoin d’une guérilla marketing .» a-t-il dit sur le ton de la plaisanterie.

 

Todd Wagner et Mark Cuban de 2929 Prods cherchaient au moins $3,5M pour les droits américains de « Lovers », l’histoire d’un homme émotionnellement perturbé obligé de choisir entre 2 femmes. Mais lorsque vinrent 4 offres entre $1M et $2M, 2929 opta pour passer la main à Magnolia.

 

2929 Prods utilisa la même stratégie pour «The Life Before Her Eyes » lorsqu’elle ne parvint pas à obtenir d’offres à Toronto et « What Just Happened »  ne provoqua pas une frénésie d’enchères à Sundance. Etant donné que Cuban et Wagner sont aussi propriétaires des Landmark Theatres et des droits sur les ventes DVD, TV payante et VOD, Marc Butan de 2929 affirme : « Même dans le modèle le plus pessimiste, nous sommes OK. ».

 

« Lovers » sera présenté en ouverture à New-York et Los Angeles précise Butan, mais on ne sait pas encore  si le film sera mis à disposition simultanément sur la plateforme Ultra VOD de Magnolia.

 

SPC projette de lancer « Synecdoche », dirigé par Charlie Kaufman avec Philip Seymour Hoffman à l’automne.

 

Le film a reçu une standing ovation de 5 minutes et fait l’objet quelques honrables revues de presses à Cannes. Un producteur indépendant l’a appelé « un chef-d’œuvre défectueux »

 

« Nous avons rencontré les producteurs il y a 2 ans et avons poursuivi notre relation depuis, mais le principal obstacle a été que le budget a subit  un dépassement beaucoup plus important que nous ne l’avions imaginé.» précise Michael Baker le co-directeur de SPC.

 

Alors que les majors, les divisions spécialisés et les distributeurs indépendants ont, pour la majorité, quitté Cannes les mains vides, SPC et IFC Films ont bénéficié de la baisse du marché. Ensemble, elles ont acquis le plus grand nombre de sélections officielles et de titres de leur histoire, partiellement à cause de la chute des prix provoquée par le manque de compétition dans la demande.

 

SPC rejette le modèle « day-and-date » de IFC, mais les 2 envisagent de créer un catalogue de titres de qualité pour attirer les spectateurs sur le long terme.

 

« Avoir une couverture significative pour donner une bonne image à un film, que celui-ci soit vu dans les salles, à partir d’un DVD ou à la télévision est notre mantra. » dit Baker. Il insiste « c’est difficile, mais pas impossible.» pour les films indépendants de trouver une place sur le marché surchargé. Et, comme IFC, SPC trouve fierté à ne pas surpayer.

 

IFC propose environ 25 films en diffusion simultanée pour un an (a year day-and-date) dans des villes sélectionnées et en VOD. Avoir une partie des ventes réalisée avec des films de cinéastes émergeants et/ou étrangers est le rêve américain : Plus de $45M de foyers ont accès à leurs films.

 

Arianna Bocco de IFC a précisé que cette année a été définitivement Et pendant qu’IFC propose une grande variété d’accords aux cinéastes, elle dit « C’est simplement très attractif pour de nombreux cinéastes d’avoir une exposition aux U.S. qui les aidera dans leurs futurs projets. ». Même si l’accord propose peu en termes de remboursement.

 

De même que les cinéastes se sont fait à l’idée d’une réduction des avances à la suite de Cannes, les films peu commerciaux devront être réalisés dans l’économie, le choix ne s’offre pas aux mendiants.

Librement traduit de l’article «A Cannes of worms» du Hollywood Reporter.
(En anglais, un jeu de mot entre « Cannes » of worms et « can » of worms)